« Trouve le verbe de ta vie, pas le métier mais le verbe ».

 Nos enfants, nos ados prennent une place importante dans l’Espace de notre couple !
Inspirée par votre enthousiasme partagé à propos de cette publication  « cher parent, voici la lettre … » , retours qui montrent à quel point nous sommes concernés, curieux, en appétit de partages autour des enjeux de nos adolescents (comme de l’ado qui sommeille encore en nous) ; je vous propose aujourd’hui cette lettre inspirante écrite par Sarah Roubato.
sculpture liberté

« Salut,

Je te rassure, si je t’écris, ce n’est pas pour te faire la leçon. En fait, j’aimerais plutôt m’asseoir sur un banc avec toi et t’écouter. Mais je sais que tu as beaucoup à faire. Mais si tu as quelques minutes pour la lire, peut-être qu’elle t’aidera. Du moins je l’espère. D’abord je voudrais m’excuser de t’appeler ado. Je déteste les catégories, en particulier celles des générations. Ce n’est pas parce que tu es ado que tu n’es pas une personne à part entière, un citoyen, un consommateur, et qu’à ce titre, tu devrais avoir toute ta place dans les débats publics et dans les discussions “d’adultes”.

Trouve le verbe de ta vie

Qu’est-ce que vous voulez faire plus tard ? Voilà des années qu’on te pose cette question. Et pour celui qui te la pose, cela ne se réduit qu’à une seule chose : ton métier. On te demande quel métier tu veux faire sans même t’avoir présenté toutes les possibilités, puisque voilà dix ans qu’on t’enseigne les mêmes matières à l’école. Moi j’aurais une autre question à te poser.

Quel est le verbe de ta vie ? Pas le métier, non, le verbe. C’est lui qui va tracer les chemins de ta vie. Oui je dis bien les chemins, car dans le monde de demain, avoir plusieurs chemins de vie, de carrière, de métier, ne sera pas réservé aux atypiques. J’en rencontre tous les jours : des ingénieurs qui deviennent boulanger, des comédiens qui deviennent pilote, des avocats qui deviennent activiste dans une association. À toi qui changes d’avis, qui n’es pas sûr d’être un littéraire ou un scientifique – comme si les deux étaient incompatibles ! – on te dira que tu devrais te décider. Et si on regardait ça autrement, en se disant que ceux qui s’intéressent à des domaines différents, qui sont capables d’aller de l’un à l’autre, qui savent s’adapter à de nouveaux contextes, à d’autres manières de faire, sont des multi-potentialistes. Des gens qui amèneront le savoir qu’ils ont acquis dans un domaine dans un autre. Des gens qui ouvrent les horizons, qui fabriquent de nouveaux potentiels. Mais il y a quelque chose qui rend logique leurs bifurcations : leur verbe.

Bertrand Piccard est un psychiatre et aviateur suisse. Il a inventé le premier avion qui vole avec énergie solaire. Cet homme a soif d’innovation et d’aventure, il aime scruter les domaines inexplorés et il respecte la nature. S’il n’avait pas rencontré un avion un jour, il aurait pu être spéléologue, photographe sous-marin, sauveteur d’animaux sauvage. Dans ce qu’il aurait fait, il aurait cherché l’innovation et l’aventure. Ton métier est au service de ton rêve.
Saïd Bennajem a été champion de France de boxe, vice champion d’Europe de boxe et sélectionné aux JO de Barcelone. Il a créé la boxe féminine française et enseigne aux enfants, en leur proposant un soutien scolaire dans une salle au-dessus du ring à Aubervilliers. Si Saïd n’avait pas rencontré la boxe, il n’aurait pas raté sa vocation. Non, il aurait simplement fait ce qu’il veut faire – se dépasser, se battre dans le respect, transmettre – dans un autre domaine, avec la même rage, la même discipline, la même sueur, le même courage d’inventer quelque chose qui ne se fait pas.
Kiran Bedi est une femme indienne qui a introduit la méditation dans les prisons. Cette femme cherche à changer les systèmes. À y amener de l’écoute, de soi et des autres. Si ça n’avait pas été les prisons, elle aurait pu changer les écoles ou bien les hôpitaux. Les contextes dans lesquels tu fais ce que tu as à faire sont le fruit des accidents de la vie, des rencontres, du hasard, des circonstances. Peu importe que ce soit dans une entreprise, une association, une forêt, une école ou une scène, tu feras toujours ce qui te correspond, si tu trouves ton verbe.

Si le verbe de ta vie c’est aider, tu pourras autant être avocat, médecin urgentiste ou travailler dans une ONG. Si c’est transmettre, tu pourras être enseignant aussi bien que journaliste ou comédien. Veux-tu découvrir des choses (archéologue, historien, chimiste, biologiste) veux-tu en inventer (ingénieur, magicien) veux-tu les exprimer (écrivain, musicien, artiste), les analyser (éditorialiste, analyste politique, sociologue) ? Veux-tu soigner, guérir, protéger, défendre ? Bien sûr, après, il faut affiner. Trouver la matière dans laquelle ton verbe va agir : les mots, le corps, l’image, la nourriture, les animaux. Chacun est plus ou moins sensible à une matière. Tu peux être un inventeur génial de jeux vidéos ou de pâtisseries. Tu peux combiner tes savoir-faires : créer des jeux vidéos et en faire la musique, sculpter tes pâtisseries en oeuvres d’art. Et puis il faut se poser aussi la question de ton mode de vie : veux-tu des horaires fixes ou irrégulières, veux-tu rester au même endroit ou bouger, travailler à l’extérieur ou dedans ? Et enfin, mais peut-être surtout, savoir au service de quoi tu mets ton verbe : du système capitaliste de production de richesse qui met en compétition les individus, qui détruit la terre et ses êtres vivants, ou bien d’un autre système basé sur le respect du vivant et l’entraide ? Dans les deux, tu pourras te faire valoir, te dépasser, innover. Tu peux exercer le même métier pour servir deux visions du monde totalement opposées. Demain, le métier ne sera pas nécessairement le centre de nos vies. Il faut trouver un métier qui te fasse vivre et qui te laisse vivre. Un métier qui nous laisse le temps d’apprendre, de découvrir, de nous émerveiller, de vivre avec les autres. Qui nous permette d’habiter le temps au lieu de lui courir après.

Prends le temps de te tromper !

Oui je sais, j’avais dit que je ne donnerais pas de conseils, j’avoue que j’abuse un peu. Mais laisse-moi t’en donner un qui va peut-être te surprendre : prends ton temps de te tromper. Tu as le droit de te tromper. Si tu ne le fais pas avant trente ans, tu le feras quand ? Mais il y a une chose que tu n’as pas le droit de faire: tricher avec ton rêve. Un jour j’ai rencontré un homme qui était musicien, il avait du succès, et puis une nuit – tu sais, une de ces nuits où les objets qui nous entourent ont l’air de nous demander ce qu’on fait là – une nuit il a quitté une vie qui ne lui ressemblait plus. Il a vendu sa maison, fermé ses comptes en banque, et il est parti vagabonder le pays. Cet homme pose une question, qu’il a mis des années à trouver : Qu’est-ce que j’ai fait pour mon rêve aujourd’hui, et en quoi s’occupe-t-il de la beauté du monde ? Pose-toi cette question tous les jours !

Et surtout ne vas pas croire que certains rêves valent mieux que d’autres, sous prétexte que les chemins sont déjà tracés à l’école. On voudrait te faire croire que les sciences, les maths, le français, la philo, l’histoire, sont plus importants que la musique, le sport, l’art, le théâtre, la couture, le bricolage, la cuisine, et tous les autres domaines qui n’ont pas leur place à l’école, ou une si petite place. As-tu jamais regretté que ces domaines soient considérés comme des loisirs ou des passe-temps ? Regarde autour de toi : l’art, le sport sont considérés comme des divertissements, des loisirs à consommer le weekend. Dans d’autres sociétés, ils sont le centre même de l’apprentissage et du développement de chaque personne. Toi et moi savons très bien que le système éducatif ne te propose qu’un éventail très restreint de toutes les possibilités qui s’offrent à toi. Si tu crois qu’un diplôme suffira à atteindre un métier… mais je suis sûre que tu ne crois déjà plus à ce mythe. Tu sais bien qu’il faut du réseau, des connaissances dans le milieu, bien se présenter, la chance, le carnet d’adresses. Bien sûr dans certains domaines, tu vas galérer un peu plus pour trouver une place. Parce que justement le système ne t’aura pas tracé un chemin. Tu devras te le tracer toi-même. Tant mieux ! Il sera plus beau. Bien sûr ça te demandera encore plus de travail, de peine et de discipline, mais au moins, tu n’auras pas triché avec ton rêve.

Si les études t’offrent un chemin direct vers ce que tu veux faire, vas-y. Mais n’oublie pas d’aller voir comment ça marche dans le monde, dans le concret. Va voir les gens qui pratiquent ce métier, parle avec eux, demande-leur de venir visiter leurs locaux, leur bureau, propose ton aide. Prends une année au milieu de tes études pour connaître comment ça marche, ici et dans d’autres pays. Je t’ai dit que je n’aimais pas les catégories d’âge. Toi non plus, peut-être. Alors fréquente des gens plus âgés que toi. Quand un expert voit un p’tit jeune débarquer et dire je veux apprendre ce que vous faites, montrez-moi, s’il voit dans tes yeux assez de confiance et d’envie, s’il voit que tu t’obstines et que tu es prêt à travailler, je te garantis que ce qu’il va partager avec toi vaudra tous les cours du monde. Quand tu reviendras en classe après, tu en sauras beaucoup plus que ceux qui n’auront fait que suivre des cours pour avoir des notes pour avoir un diplôme. N’oublie pas aussi que tu as le droit de bifurquer, de prendre d’autres chemins, à trente ans, à quarante ans, quand tu veux ! Ce n’est pas à toi de plier tes envies pour qu’elles rentrent dans les cases du système. C’est à toi d’utiliser ce que la société t’offre pour réaliser ton rêve. Un rêve qui, je l’espère, s’occupera de la beauté du monde. Tu te demandes peut-être ce que j’ai fait pour parler comme ça. Tu t’imagines que j’étais une de ces élèves qui ne savaient pas ce qu’ils voulaient faire. En fait c’est le contraire. J’ai toujours su ce que je voulais faire – écrire, exprimer les puissances endormies que les gens gardent en eux – et j’étais très bonne élève. Les voies m’étaient donc toutes tracées, les voies royales. Seulement à chaque fois j’ai bifurqué, car je n’ai jamais fait de compromis avec mon rêve. Je voulais aller voir derrière l’école, la formation, le diplôme, vers quoi on m’emmenait. Alors je ne te dis pas de ne pas faire d’études, je te dis simplement que tu auras le droit de changer, d’explorer d’autres horizons, d’apprendre et de te former autrement. Et l’un des meilleurs outils pour ça, ce sont les langues.

Offre-toi tous les horizons !

Tu vas peut-être me dire que tu n’aimes pas l’anglais, que tu es nul en espagnol, que c’est trop dur l’allemand. Ça te saoule les listes de vocabulaire à apprendre et les phrases à remplir. Comme je te comprends ! Mais que ça ne te décourage pas d’apprendre une langue ! On peut ne pas aimer les cours de langue. On ne peut pas ne pas aimer parler et comprendre une autre langue. Pouvoir regarder des films avec tes acteurs préférés et entendre vraiment comment ils parlent, comprendre les paroles des chansons que tu aimes, pouvoir utiliser des logiciels en anglais, écouter les infos d’autres pays, et ne pas se sentir con quand on voyage et qu’on demande son chemin ! Une langue, c’est une porte ouverte sur une autre manière de penser, c’est comme si d’un coup tu doublais la surface de ton horizon. Tu verras alors ta société, ton pays avec un oeil nouveau.

Toi consommateur, tu as un pouvoir immense

Je sais que tu es bien plus sensible que la génération de tes parents à la destruction de la planète. Je ne sais pas si dans ton quotidien tu y participes, ou si tu fais déjà des choix pour limiter ton impact. Sache que tu as un pouvoir immense : tu es consommateur. C’est pour toi que de grandes industries pillent les ressources, détruisent des forêts, rendent des enfants malades, exploitent des travailleurs, maltraitent des animaux. C’est pour ton bon plaisir. Oui, tu es aussi responsable. Il suffirait que les gens arrêtent d’acheter pour que ça ne se fabrique plus. Bien sûr on se sent minuscule. Tu peux ne plus consommer du Nutella, en mettant dans la balance le plaisir que tu en tires et les horreurs que ça crée. Mais le rayon du magasin en sera toujours plein. D’accord. Mais sans ton premier geste, il n’y en aura pas d’autres qui suivront ton exemple. Et si on mettait bout à bout tous les pots de Nutella que tu auras avalé, combien de palmiers, combien de cris d’orang-outans et d’hommes et d’enfants dont les villages sont brûlés cela représente ? Tu es assez grand pour avoir une conscience et pour être fier de ce à quoi tu participes. Tu as la chance de vivre à une époque où des milliers de chercheurs, d’ingénieurs, d’inventeurs, trouvent d’autres manières de faire, d’autres produits qui respectent le vivant. Le changement de société se fait dans le minuscule et dans le grandiose. Dans le geste dérisoire d’un homme au Pays Bas qui se met à nettoyer la berge d’une rivière où il passe tous les matins, et dans le projet démentiel d’un ingénieur de dix-neuf ans qui invente un filtre pour nettoyer les océans.

À ton tour, écris une lettre

Ce que tu as en toi est immense, parce qu’il n’est pas encore dessiné. Tu es un bouquet de potentiels. Ne laisse jamais rien ni personne l’écraser. Je regrette qu’on ne te demande pas plus souvent ton avis pour exprimer ce que tu ressens par rapport au monde et à demain. Alors, si tu as le temps, si tu en as envie, je te propose une expérience. D’écrire à ton tour une lettre, une lettre à un destinataire qui ne peut pas te répondre. Lettre à quelque chose que tu as en toi, à ce qui t’est extérieur, à un animal, un objet, une personne disparue. Qu’on leur dise que tu es autre chose qu’une boîte qu’on gave de savoir. Quelqu’un qui pense le monde, qui le rêve, qui le dit et qui fera le monde de demain.

À bientôt

 Sarah Roubato

 

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Cher parent, voilà la lettre que j’aimerais pouvoir t’écrire. Ton ado.

croissance

 

« Cher parent:

Ce conflit dans lequel nous sommes là, j’en ai besoin. J’ai besoin de ce combat. Je ne peux pas te le dire parce que je n’ai pas les mots pour …et puis de toute façon ce que je dirais n’aurait pas vraiment de sens. Mais j’ai besoin de ce conflit. Désespérément.

J’ai besoin de te haïr pour le moment, et j’ai besoin que tu y survives. J’ai besoin que tu survives à ma haine, et à celle que tu ressens envers moi. J’ai besoin de ce conflit, même si je le hais. Peu importe la raison de notre différend : horaires, devoirs, linge sale, chambre en bazar, sortir, rester à la maison, partir de la maison, ne pas partir, la vie de famille, petit(e) ami(e), pas d’amis, mauvaises fréquentations… Peu importe. J’ai besoin de me confronter à toi et j’ai besoin que tu me confrontes en retour.

J’ai vraiment besoin que tu tiennes ton bout de la corde. Tiens le pendant que je secoue, pendant que je cherche mes appuis dans ce nouveau monde auquel je sens que j’appartiens désormais. Avant je savais qui j’étais, je savais qui tu étais, je savais qui nous étions. Mais maintenant, je ne sais plus. En ce moment, je cherche mes limites, et parfois je ne peux les sentir  qu’a travers celles que tu me mets quand je te pousse à bout. Repousser tes limites me permet de  découvrir les miennes. Quand je fais ça je me sens exister, et pendant une minute je peux reprendre ma respiration.

Je sais que le tendre enfant que j’étais te manque. Je le sais, parce que ce tendre enfant me manque aussi, c’est pour partie ce qui est tellement douloureux pour moi en ce moment.

J’ai besoin de ce conflit, j’ai besoin de vivre que, quels que soient mes sentiments, mes émotions, aussi forts, aussi durs qu’ils puissent être; ils ne nous détruiront ni toi ni moi. J’ai besoin que tu m’aimes y compris dans le pire de moi-même, même quand il te semble que je ne t’aime pas. J’ai besoin maintenant que ce soit toi qui portes mon amour et le tien. Mon amour pour toi et le tien, mon amour pour moi et le tien.

Je sais combien c’est difficile d’endosser le mauvais rôle, de ne pas se sentir aimé. Je le sais parce que je le vis moi-même.

Cependant j’ai besoin que tu tiennes debout. Va chercher de l’aide auprès d’autres adultes si il le faut, monte un groupe de soutien « survivre à la rage de son ado » si tu veux.  Parce que pour le moment je ne peux pas t’aider…

Juste ne me lâche pas. S’il te plait ne lâche pas ce combat. J’en ai besoin.

C’est ce conflit qui va me montrer que mon ombre n’est pas plus grande que ma lumière. C’est ce conflit qui va m’apprendre que des sentiments négatifs ne signent pas la fin d’une relation. C’est ce conflit qui va m’apprendre à m’écouter même si je dois décevoir.

Et ce conflit là un jour va cesser. Comme l’orage passe. Et je vais l’oublier, et tu vas l’oublier. Et puis il reviendra. Et j’aurai besoin que tu tiennes à nouveau. Je vais en avoir  besoin encore et encore pendant des années.

Je sais que c’est un boulot ingrat.. Probablement je ne te montrerai aucune gratitude pour cela, ou même que je ne reconnaîtrai jamais le rôle que tu as tenu. En fait,je vais même probablement te critiquer pour tout ce travail difficile . Comme si ce que tu fais n’est jamais suffisant. Et pourtant, je compte et je dépends complètement de ta capacité à demeurer en face de moi dans ce conflit. Peu importe combien je gueule, peu importe combien je boude. Peu importe combien je me coupe dans le silence.

S’il te plaît, reste debout et tiens ton bout de la corde. Et sache que tu fais le travail le plus important qui puisse être fait pour moi en ce moment.

Avec amour, ton adolescent.  »

 

* Texte original The Letter Your Teenager Can’t Write You  de Gretchen Schmelzer, psychologue américaine . (Traduction Florentine d’Aulnois-Wang).

 

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Le Couple Mode d’Emploi

le couple mode d'emploi

Voici aujourd’hui une très bonne synthèse du livre de Harville Hendrix,  Le couple mode d’emploi réalisée par  Thierry Redon sur le blogdudevperso.

Tous les couples d’amour sont voués à l’échec. C’est en tous cas ce que l’on pourrait croire en commençant la lecture du livre « Le couple, mode d’emploi » de Harville HENDRIX. Les statistiques sur les divorces ne sont pas là pour nous rassurer avec une tendance qui va dans le mauvais sens : nous sommes passé de 47% à 52% en 10 ans en France(Sources Wikipedia et INSEE).

 

Plus d’un couple sur deux fini par divorcer. Mais ceux qui restent ensemble, sont-ils heureux ? Pas si évident que ça à en croire Harville qui nous explique qu’à peine 5% des couples dépasse la phase de « Lutte pour le pouvoir ».

 

Mais alors :

  • Est-ce qu’il est possible de sortir de cette sombre fatalité ?
  • Pourquoi Harville HENDRIX est -il devenu fermement partisan du mariage « pour la vie » au fur et à mesure de ses 40 années de pratique de Thérapeute conjugal ?
  • Comment est-ce que Harville et sa femme, Helen, font pour rayonner autant de bonheur après 32 ans de mariage et 6 enfants ?

 

Tous les couples d’amour sont voués à l’échec… à moins qu’ils ne s’engagent dans un chemin de conscience et de transformation ensemble.

 

Découvrez les explications au travers de la synthèse du livre « Le couple, mode d’emploi » de Harville HENDRIX que je vous propose ici.

Un mot sur l’auteur et sa méthode

Harville HENDRIX est thérapeute de couple depuis plus de 40 ans. De renommée internationale, il a inventé la méthode IMAGO qu’il continue de co-créer avec son épouse Helen LaKelly Hunt. Ensemble, ils ont écrit 10 livres sur la thématique de la relation amoureuse.

 

A ce jour, plus de 1200 thérapeutes utilisent leur méthode dans 37 pays (pour consulter la liste des thérapeutes Imago en France cliquer ici)

Harville et Helen sont mariés depuis 32 ans, ont 6 enfants et vivent à Dallas, au Texas.

Qu’est-ce que la méthode IMAGO ?

La méthode IMAGO est LA méthode par excellence utilisée en thérapie de couple. Au travers de nombreux exercices d’une part, et d’une méthodologie de communication d’autre part (Appelée le Dialogue IMAGO), elle permet de mettre en évidence et de transformer les phénomènes inconscients qui se jouent dans la relation. In fine, cela apporte des guérisons profondes et renforce le couple bien au-delà de n’importe quelle autre approche.

Que veut dire IMAGO ?

IMAGO est le mot, d’origine latine, que Harville HENDRIX a choisi pour décrire l’image d’une personne du sexe opposé que nous nous sommes constituée depuis notre naissance.  Celle-ci est une représentation« composite des personnes qui ont le plus influencé notre petite enfance » Elle est plus particulièrement marquée par « les personnes qui nous ont le plus blessés, parce qu’elles ont paru menacer notre existence » .

Le conjoint idéal  

Dans notre quête du conjoint idéal, nous recherchons inconsciemment quelqu’un qui ressemble à notre IMAGO. Par opposition, quelqu’un qui ne ressemble pas à notre IMAGO ne suscite que peu d’intérêt pour nous. Dit autrement, nous recherchons inconsciemment quelqu’un qui incarne les traits principaux des personnes qui nous ont marqué dans notre petite enfance : Papa, maman, ou les personnes qui ont joué ces rôles-là. Michael Brown, dans son livre « Le processus de la Présence » dirait que l’on recherche quelqu’un qui suscite en nous les mêmes charges émotionnelles que celles que nous avons vécues dans notre enfance.

 

Nous choisissons nos partenaires pour deux raisons fondamentales  :

  1. Ils ont à la fois les qualités et les défauts des personnes qui nous ont élevés.
  2. Ils compensent les parties positives de nous-mêmes dont nous avons été amputées dans notre enfance.

 

Nous abordons la relation dans l’idée inconsciente que notre partenaire se substituera à nos parents et compensera toutes les privations de notre enfance. La seule chose à faire pour guérir nos blessures est de former une relation intime et durable.

Les grandes étapes

Un couple se construit en trois grandes étapes :

  • L’amour romantique
  • La lutte pour le pouvoir
  • Devenir un couple conscient

L’amour romantique

Pourquoi notre cœur bat si fort à son contact ?

 

Harville HENDRIX nous fait remarquer qu’en écoutant les chants populaires, en lisant des poèmes d’amour, des pièces de théâtre ou encore des romans, nous pouvons retrouver un langage universel de l’Amour qui décrit les quatre grands phénomènes suivants  :

  1. Le phénomène de Reconnaissance :« Nous venons tout juste de nous rencontrer mais j’ai pourtant l’impression de te connaître déjà ». Cela est directement lié à notre IMAGO.
  2. Le phénomène Intemporalité « C’est étrange. Il n’y a que peu de temps que nous nous fréquentons, mais je ne me souviens pas du temps où je ne te connaissais pas ». Cela est lié au fait que notre mémoire émotionnelle n’a pas la notion du temps.
  3. Le phénomène de Réunification« Quand je suis avec toi, je ne me sens plus seul, je me sens complet ». Cela est lié à la sensation que notre partenaire compense des parties de nous-même dont nous avons été amputées en réaction à nos blessures d’enfance.
  4. Le phénomène de Nécessité« Je t’aime tellement, je ne peux pas vivre sans toi ». Cela est lié :
    1. Au fait que l’on transpose sur son partenaire le rôle de parent. Hors, lorsque nous étions nourrissons, nous ne pouvions pas survivre sans parent.
    2. Au fait que perdre l’autre reviendrait à perdre la sensation de plénitude et ce nouveau sens de soi, ce qui laisserait place à la solitude et à l’anxiété de se sentir incomplet.

 

Au-delà de ces quatre grands phénomènes, nous pouvons remarquer les cinq phases suivantes lors de la période d’Amour romantique :

  1. L’empathie: Durant cette période les partenaires ressentent une forte empathie l’un pour l’autre et pour le monde. Ils se sentent reliés au monde qui les entoure.
  2. L’entretien de l’illusion: Durant cette période chacun montre le meilleur de lui-même sans que cela ne lui demande le moindre effort.
  3. Le déni: Les partenaires se mettent des œillères sur les travers de l’autre.
  4. Les projections: Chaque partenaire projette sur l’autre sa propre histoire de famille ou ses propres travers. Cela va donner lieu à de nombreuses interprétations erronées.
  5. La prise de conscience: Dans cette dernière phase, chaque partenaire prend conscience de l’homme ou de la femme avec qui il est, au-delà du personnage idéalisé qu’il voyait jusque-là. Il prend conscience de ses réelles qualités et de ses travers.

La lutte pour le pouvoir

La lutte pour le pouvoir survient classiquement après qu’un engagement dans le couple soit pris (Vie commune, mariage, etc.). En effet, c’est à partir de cette étape là, que les partenaires cessent de montrer le meilleurs d’eux-mêmes (Cf la phase de « L’entretien de l’illusion ») et qu’ils attendent plus ou moins consciemment que l’autre comble leurs besoins. Trois sources majeures de la lutte pour le pouvoir voient alors le jour :

  1. Ce qui me plaisait chez l’autre m’exaspère désormais: En réalité, cela réveille en moi les sentiments et les aspects tabous que j’ai étouffés en réaction à mes blessures d’enfance
  2. L’autre réveille mes blessures: Ceci peut être lié :
    1. Soit au fait que mon partenaire incarne pleinement mon IMAGO (Rappelons que cette image est marquée par les personnes qui nous ont le plus blessés)
    2. Soit parce que je projette sur l’autre mon histoire familiale
    3. Soit parce que je provoque inconsciemment chez l’autre des réactions qui vont activer mes propres blessures
  3. Je projette sur l’autre mes propres travers: Dit autrement, je lui reproche ce que je ne supporte pas chez moi

Les tactiques pour se faire entendre

Comme nous l’avons vu précédemment, « nous abordons la relation dans l’idée inconsciente que notre partenaire se substituera à nos parents et compensera toutes les privations de notre enfance ». Lorsque celui-ci ne satisfait pas nos besoins, il est alors naturel que nous réagissions comme nous avons appris à le faire pour survivre lorsque nous étions nourrisson : En hurlant jusqu’à ce que maman vienne et réponde à nos besoins sans même que j’ai à les exprimer clairement  (Dormir, manger, changer la couche, etc.).

 

A l’âge adulte, cela pourra pendre les formes suivantes :

  • Agressivité verbale : Critique, injures, etc.
  • Agressivité physique :Pouvant aller jusqu’à la violence
  • Agressivité passive: Renfermement sur soi (Bouderie), refus de sexualité, etc.

 

A l’inverse de ces comportements liés à une croyance archaïques, les partenaires gagneront à apprendre à exprimer leurs besoins de manière claire et précise. Au travers des outils qu’elle propose, la méthode IMAGO favorise cela.

Devenir un couple conscient

Harville HENDRIX insiste sur le fait que devenir un couple conscient demande un réel et profond engagement des deux partenaires. Il nous indique également que cela prend du temps et que cela passera inévitablement par des crises, des efforts et des sacrifices. Enfin, cela nécessitera d’abandonner ses anciennes croyances sur le couple et sur son partenaire.

 

Il liste les dix caractéristiques d’un mariage conscient

  1. Vous réalisez que votre relation amoureuse a un but caché, à savoir guérir les blessures d’enfance
  2. Vous vous créez une image plus précise de votre partenaire
  3. Vous assumez la responsabilité de communiquer vos besoins et vos désirs à votre partenaire
  4. Vous devenez plus intentionnels dans vos relations
  5. Vous apprenez à estimer que les besoins et les désirs de votre partenaire ont autant de valeur que les vôtres
  6. Vous embrassez les parties sombres de votre personnalité
  7. Vous apprenez de nouvelles techniques pour satisfaire vos besoins et vos désirs fondamentaux
  8. Vous cherchez en vous-même les forces et les aptitudes qui vous manquent
  9. Vous devenez plus conscient de votre pulsion d’amour, de votre soif de complétude et d’unité avec l’univers
  10. Vous acceptez la difficulté de créer un bon mariage

 

Bien qu’étant positionnée à la fin, la dixième caractéristique est sans aucun doute la plus fondamentale. En effet, sans cette conscience là, aucune des autres ne portera ses fruits.

 

Tout ceci étant dit, et prenant en considérations que les habitudes ont eu le temps de s’ancrer au fil des années, il ne faudra pas négliger la peur du changement tout au long de ce chemin de conscience.

 

Harville HENDRIX nous indique qu’à peine 5% des couples parviennent à dépasser le stade de la lutte pour le pouvoir.

L’Amour sous toutes ses formes

Selon le stade d’évolution du « couple conscient », le mot Amour prend des définitions bien différentes:

  • Les deux premières étapes du mariage : Amour romantique et Lutte pour le pouvoir
  • Troisième étape du mariage : Transformation de l’Amour en un élan vital dirigé vers le partenaireavec la volonté de faciliter sa guérison
  • Dernière étape du mariage : L’Amour réel, se voir sans se déformer mutuellement.L’amour jaillit naturellement entres eux sans effort apparent. Le partenaire n’est plus perçu comme un parent de substitution ou un ennemi, mais comme un ami passionné.

Conclusion

Tous les couples d’amour sont voués à l’échec. C’est en tous cas ce que l’on pourrait croire en commençant la lecture du livre « Le couple, mode d’emploi » de Harville HENDRIX. Au fur-et-à-mesure de la lecture, nous comprenons que les motivations inconscientes dans le choix du partenaire sont directement liées à nos blessures d’enfance. Ainsi, notre partenaire idéal :

  1. Possède à la fois les qualités et les défauts des personnes qui nous ont élevés.
  2. Compense les parties positives de nous-mêmes dont nous avons été amputées dans notre enfance.

 

Le couple est certainement le meilleur espace pour prendre conscience de ces blessures, pour en prendre soin et pour les transformer. Cela nécessite un réel et profond engagement des deux partenairesprend du temps, et passera inévitablement par des crises, des efforts et des sacrifices.

 

Ce chemin de conscience nécessitera d’abandonner ses anciennes croyances sur le couple et sur son partenaire et imposera de dépasser sa peur du changement.

 

Prendre cet engagement dans le couple et s’y tenir ne serait -il pas le plus beau cadeau qu’il puisse être fait à soi-même et à son partenaire ?

 

Pour nous accompagner dans ce chemin, Harville HENDRIX nous propose de nombreux exercices à pratiquer ensemble au cours d’un cycle de 10 semaines. A découvrir sans plus attendre dans son livre « Le couple Mode d’Emploi »

écrit par Thierry REDON pour le blogdudevperso

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C’est un plaisir pour moi d’échanger avec vous 🙂

Florentine d’Aulnois Wang

Thérapeute de Couple Imago

Comprendre et dissoudre nos conflits de couple

cocteau

Quand le brouillard commence à envahir l’Espace de notre relation, que l’ambiance se tend, notre peur de perdre le lien nous envoie dans des réactions bien curieuses…

Si nos réactivités sont activées, Brutus se met en route (Brutus c’est le petit surnom de notre cerveau archaïque, celui qui nous fait prendre à l’occasion notre amoureux(se) pour un ennemi. Souvenez-vous (cliquer ici pour retrouver l’explication)!).

Nos 50 nuances de Brutus peuvent aller de hausser le ton, crier, hurler à une forme de violence physique directe  (parfois fatale malheureusement), en passant par tout un éventail de réactions comme claquer la porte, taper dans un mur, joyeusement envoyer valser une assiette ou élaborer la pire critique pour notre partenaire, celle qui fait mouche, celle qui met à terre psychologiquement… Nos mécanismes de survie nous mettent en mode « fight for life » alors nous attaquons.

Pas joli joli, mais surtout très très délétère pour le lien, pour la sécurité, pour la confiance, pour l’amour, pour les êtres.

Heureusement Brutus s’éduque et il existe de multiples chemin pour entraîner notre cerveau à contenir sa partie archaïque.(voir Brutus)

D’autres embûches nous attendent…

Quand une de nos poupée russe est touchée par la relation, quand un de nos petits Moi revit une sensation du passé, c’est à dire lorsque que mon partenaire me propose dans le lien quelque chose qui ressemble de près ou de loin à un de mes vécu d’enfant douloureux , je vais m’empresser d’aller enfiler mon armure, mon costume de défense, les protections que j’ai mises en place quand j’étais petit… Et la palette est infinie! Et c’est parti:

Certains boudent, se coupent, partent. Chez d’autres c’est l’ange de l’oubli qui passe et les souvenirs disparaissent. Certains partent en fou rire, ou en cynisme. Chez celui là la parade c’est la surexcitation, chez  celle-ci le torrent de larme. Pour celle-ci un désir sexuel fulgurant, pour celui-là le besoin de téléphoner à sa mère (ou inversement), pour un autre encore le mutisme, celle-là disparaît derrière le mur de son regard, cette autre se tourne vers une tablette de chocolat.Lui là-bas court voir des amis, cet autre court chez une maîtresse. Elle se tourne vers ses enfants, lui se réfugie dans son travail, celle là se plonge dans des livres ou sa série préférée, celui-là boit un petit verre…(relire Les Fuites de la Relation) 

Je continue? il y a aussi le flot de critiques, le « tu es comme ta mère », les insultes qui pleuvent, les soupirs, les menaces de séparation, la comparaison avec d’autres qui seraient beaucoup mieux, la jalousie, tous ces comportements déroutants qui sont un appel à l’aide et qui pourtant accroissent l’insécurité et la distance…(lire ici)

Un des points partagé à toutes nos défenses, le plus petit dénominateur commun de nos parades de survie est ce que j’appellerais la « face de limace ». La face de limace est une capacité que nous avons tous à mettre un masque froid, ou menaçant, un masque sur notre visage qui dit « je ne suis plus là » « je suis blessé(e) »,  » je suis fâché(e) ». Une bonne bouille bien fermée, voire hostile, qui cache notre détresse. Il est tellement difficile de montrer notre vulnérabilité! Plutôt que de dire le ténu de notre chagrin, la dentelle filée de nos constructions affectives, nous montons un mur. Et derrière ce mur c’est la double peine (peine au sens de punition et aussi au sens de chagrin):

La peine pour notre partenaire : Nous privons l’autre de nous, de notre chaleur, de notre beauté, de nos qualités, notre présence aimante, notre partenariat. Tu avais un partenaire, un amoureux? et bien toc! Regarde-bien mon visage.Maintenant tu as un problème à gérer! Regarde ce que tu fais de moi! Punition!

Et peut-être le pire: La peine pour moi! Derrière ce masque je me fige. Je ne suis plus en contact avec ma chaleur, ma joie, mes talents…Je ne vais pas mettre de la musique ou faire un plat délicieux ou chanter dans la maison alors que tu dois voir sur mon visage combien ça ne vas pas ce que tu as dit ou fait! Je finis par y croire: en imprimant ce masque de douleur et de fermeture mon cerveau commence à vraiment me croire, alors je me sens malheureux(se) et fermé (e).

La double peine c’est que non seulement je ne suis plus en lien avec toi, mais peut-être pire; je ne suis plus en lien avec moi!

Certains couples arrivent avec ce désespoir: je ne te reconnais plus, je ne me reconnais plus! Que sommes nous devenus!

Deux êtres magnifiques et amoureux se sont métamorphosés en deux armures en lutte, deux faces de limace. Quelle douleur! (et quelle fatigue, quelle solitude et …quel gâchis!) Chacun est loin de soi et loin de l’autre…

Devenons INTENTIONNELS ET CONSCIENT dans notre relation! Fondons les masques, osons nous rencontrer dans nos vulnérabilités, dans notre tendre, notre sensible, notre humain!

Il s’agit de passer de « tu as vraiment un problème » à « comment est-ce que je peux t’aider avec ça? »

Il s’agit d’intégrer profondément que l’autre n’est pas le tranchant qui blesse, mais qu’il est tellement près de notre cœur qu’il appuie sur nos anciennes blessures, sans aucune intention de nuire, empêtré dans ses réactions de défense. Et que les deux ont besoin de soutien et de conscience, parce qu’il y a de la douleur là en-dessous.

Il s’agit de passer du jugement  à la curiosité.

Il s’agit de passer de « tu es affreux de me faire mal comme ça » à « quand tu fais ça, ça me met en réaction d’une façon tellement douloureuse, j’ai besoin que tu m’aides à comprendre ce qui m’arrive ».

Restons PARTENAIRES!  

  Pour le meilleur et pour le pire.   C’est possible!    C’est même merveilleux.

Parce que c’est la qu’est la croissance, c’est là qu’est la mission du couple.

Florentine d’Aulnois-Wang

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50 nuances de n’importe quoi!

amants schiele

Il n’y a pas d’ école pour apprendre à être parents, à être couple ou à être et rester vivants et vibrants dans notre sexualité. Juste des modèles plus ou moins habités et inspirants. Pour le reste nous apprenons « sur le tas » avec plus ou moins de bonheur…

Je vois chaque semaine des personnes magnifiques en recherche de plus de vie, de plus de lien, de plus de connexion, de plus de désir, de plus de sexe. La sexualité est un des endroits incroyables de connexion dans le couple et de guérison pour nos êtres. Y compris dans les pratiques les plus créatives ou fantasmatiques… La condition étant que non seulement les deux soient partants, mais aussi excités par ces créativités.

50 Nuances de Grey va être lu ou visionné par plusieurs millions d’entre-nous. Des millions de jeunes (et moins jeunes)  vont intégrer dans leurs modèles autour de l’amour et de la sexualité ce qui se vit entre Christian et Anastasia, et peut-être se lancer à leur dépends dans ce qui est devenu une « mode ».  Cette histoire d’amour et de sexe n’a rien de glamour, contrairement à son habillage .

Ce modéle est purement et simplement un cas de violence sexuelle et d’abus (aussi tarte qu’il paraisse, avis personnel)

Christian utilise le chantage, le harcèlement, l’alcool et l’argent pour obtenir de sa partenaire une forme de soumission parce que dans son esprit l’amour est lié à la douleur et l’humiliation.

Ce n’est pas un partenariat, une recherche à deux de plus de plaisir, de connexion et de lien (comme peut l’être le BDSM (pratique Bondage-Domination-Sadomasochisme, dans laquelle les partenaires sont souvent en couple stable,  échangent des heures entières sur leurs scénarios, et en sont très excités, rien à voir avec ce film qui en utilise seulement et dangereusement les accessoires).

Anastasia ici se soumet parce qu’elle veut plaire à Christian (et même le guérir de ses blessures) et non pas parce qu’elle est dans son excitation, l’érotisme ou le plaisir.

Ce qu’elle vit est de la violence mal canalisée (compréhensible: ce jeune homme a connu l’abus et la violence; il est en souffrance, il relève d’un vrai traitement psy), une relation dangereuse basée sur l’abus émotionnel et physique.

Ce n’est pas un modèle à intégrer dans la construction de nos univers sexuels. Ce film sème des graines dangereuses dans les esprits, sous des allures de romance hollywoodienne.

Le sexe est un domaine merveilleux et puissamment source de vie entre les êtres mais tellement entaché par une histoire ou la violence interfère… 50 nuances de Grey est un retour en arrière sous un vernis trompeur.

Parlons-en avec nos jeunes, garçons et filles, parce qu’entre la pornographie et ce genre de modèles pour s’inventer, ils ont bien du mal à épanouir leur être sexuel.

(Et ne minimisons pas les dommages que peuvent causer une mauvaise expérience sexuelle, pour les hommes comme pour les femmes,à tout âge, parce que ce film envoie les gens sur des rails mal maîtrisés et pourrait faire prendre des vessies pour des lanternes… . Nous avons tellement à gagner en vitalité et en énergie à ne pas nous laisser déconnecter de notre énergie sexuelle! ( le couple y gagne, le corps y gagne, l’être y gagne … )

Quelques conseils si vous êtes tentés de pimenter vos ébats  :

-L’idée dans certaines expérimentations est de naviguer sur la crête excitation/peur ; plaisir/douleur , pas de basculer dans la peur ou la douleur, ce qui implique des êtres subtils et attentifs, de bien se connaitre et de beaucoup communiquer.

-Avant de vous lancer dans quelconque expérimentation, vérifiez que tout le monde est excité par ces idées, pas seulement d’accord (et surtout pas à contre-cœur).

– Ne signez jamais de contrat, surtout avec quelqu’un que vous connaissez pas ou peu.

– Apprenez à faire des nœuds si vous voulez expérimenter d’attacher, les nœuds ne doivent pas se resserrer lorsque l’on tire au risque de blesser ou d’étouffer; et ne lacez jamais le cou!

-Les urgences regorgent de cas d’accidents de sex toys (allergies, blessures, brûlures ou extraction impossible) alors lisez les notices.

Je reviendrai sur le Sexe dans ce blog, parce que c’est une dimension magnifique et source de tellement de connexion et de croissance dans le lien. C’est une dimension qui a souvent besoin de soutien et d’accompagnement au sein des couples pour retrouver une vibration joyeuse et j’y suis sensible. Aujourd’hui c’est juste un cri d’alarme, moins poétique sans doute que ma prose habituelle, mais qui devait sortir!

Florentine d’Aulnois-Wang

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