Je me souviens de ces deux ou trois fois où j’ai fait l’amour dans ma vie.

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De retour d’un séminaire de quelques jours sur l’amour et la sexualité dans le couple, je réalise que je n’ai pas du faire l’amour plus de deux ou trois fois dans ma vie.

C’est à la fois un choc et un soulagement.

Un choc, car l’image de moi-même comme un homme aimant est écornée dans la réalisation que la quasi-totalité des rapports sexuels que j’ai eus n’étaient rien d’autre que de la masturbation à deux. Certes il y avait la douceur, la tendresse, le respect, la volonté d’union, et je pensais qu’il suffisait de cela pour que l’acte sexuel soit un acte d’amour. Je comprends aujourd’hui que si ces éléments sont nécessaires, ils ne sont pas suffisants. La moindre recherche d’excitation, la moindre recherche de plaisir, la moindre recherche d’orgasme, la moindre attente de libération de tensions physiques ou psychologiques, la moindre volonté de donner du plaisir, et s’immisce dans l’acte charnel des éléments qui vont générer une sourde animosité, une sensation d’épuisement, une forme de dépression, une dépendance, un sentiment de manque, l’impression de ne pas être aimé assez, de ne pas être aimé totalement, de ne pas être aimé correctement.

C’est un choc, et c’est également un soulagement. C’est comme si les pièces d’un puzzle se mettaient en place. Ce qui n’était qu’impressions vagues, qu’intuitions impossibles à formuler, devient clair. Je comprends consciemment ce que quelque chose en moi avait pressenti. Je comprends pourquoi l’amertume, la déception, la frustration, l’envie d’union qui s’émousse avec le temps; je comprends pourquoi et comment la sexualité, au lieu de rapprocher les amants, ne fait que les éloigner l’un de l’autre. Je comprends aussi comment les tentatives de transcender la sexualité, que ce soit par la chasteté ou par les techniques de sexualité sacrée, ne font qu’alimenter davantage la confusion.

Et je ressens une immense gratitude pour les deux ou trois fois où j’ai fait l’amour dans ma vie. Sans l’empreinte de ces moments merveilleux, sans leur altitude, je n’aurais jamais pris la mesure de la médiocrité des autres fois, je me serais raconté que si, c’était bien, j’aurais nié la sourde présence de la souffrance. Il semble tellement légitime et naturel d’attendre que l’union sexuelle comble un vide, relâche une tension, soit source de plaisir. Il est si facile de confondre le plaisir avec l’amour, si facile de confondre le plaisir avec la joie, la sécurité avec la liberté.

Et pourtant, n’avons-nous pas tous fait cette expérience troublante de vivre avec un ami, avec une amie, des instants d’unité, des instants d’intimité tels que nous n’en n’avons peut-être jamais connu avec notre mari, notre femme, notre amant, notre maîtresse? Ces instants magiques où toute distance est abolie, où la joie est à la fois intense et profondément paisible, où nous nous sentons totalement avec l’autre et en même temps si profondément en nous-mêmes. Ces instants qui nous laissent libres, complets, où quand chacun part de son côté, il n’y a ni manque ni éloignement; rassasiés, satisfaits, entiers, reliés. Nous ne nous sommes pas touché, pas effleuré, et pourtant…

Dans mon expérience, ce qui a induit ces instants d’intimité, de reliance en soi avec l’autre, ça a été d’être totalement nus l’un avec l’autre. Pas la nudité des corps, pas le retrait des vêtements, la nudité des âmes, le retrait des armures. Nus l’un avec l’autre, partageant ouvertement ses joies et ses peines, ses attentes, ses déceptions, son coeur brisé, ses sentiments, ses sensations, ses pensées, ses interprétations, chacun laissant l’autre lire en soi comme dans un livre ouvert, sans étalage, sans pudeur, dans la simplicité. C’était à l’occasion d’une thérapie de groupe, d’un séminaire de libération émotionnelle, c’était en faisant le Travail. C’était un ami venant vers moi le coeur brisé, désespéré, toutes protections abattues. C’était l’humain, nu.

Je me souviens de ces deux ou trois fois où j’ai fait l’amour dans ma vie. Je me souviens de l’intense souffrance de deux êtres qui ne parvenaient plus à se relier, de longues heures de partage de ce que chacun vivait, de cette volonté de retrouver l’amour, de ce désespoir de ne pas y parvenir. Des heures et des heures de partage, une nuit qui semblait n’en plus finir à ôter couche par couche ce que chacun utilisait pour se dissimuler. Et enfin, un moment magique de retrouvailles, chacun parvenant à retrouver le chemin de l’amour en soi, les corps s’unissant alors dans la plénitude de l’amour retrouvé. Un acte charnel qu’un témoin extérieur aurait pu croire fade, deux corps quasi-immobiles, deux regards plongés l’un dans l’autre, deux êtres baignant dans une même présence, silencieux, recueillis, dans un instant interminable, suspendus hors du temps, libres du passé, libres du futur, dépossédés de tout désir, de tout besoin, de toute attente. Pas de gymnastique, pas de sport en chambre, pas de cris, pas d’orgasme génital, pas de technique tantrique, pas de chakra, pas d’histoire d’union cosmique, juste l’un dans l’autre, recueillis comme on peut l’être quand on entre dans un temple, dans une église, parcourus de vagues d’amour, tétanisés par l’intensité de cet amour.

C’était il y a si longtemps, et c’est si présent.

Didier Havé

(témoignage magnifique publié ici avec son autorisation chaleureuse)

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11 réflexions sur “Je me souviens de ces deux ou trois fois où j’ai fait l’amour dans ma vie.

  1. Oui magnifique témoignage, merci DIdier, merci Florentine
    Faire l’Amour….là où justement il n’y a rien à faire…être devant le sacré de l’autre….communier de sacré à sacré…ETRE … alors l’Amour s’invite. IL EST là

    Aimé par 1 personne

  2. Je trouve ce texte superbement écrit mais mais je ne saisis pas ce que l’auteur veut dire en essence? J’ai l’impression que la confusion reste et rien ne se dénude réellement . C’est peut être cela l’érotisme.?! (-: Merci pour ce don d’échange et j’espère que vous sourirez de cette réaction à laquelle vous nous invitez.

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  3. Très beau témoignage et bien écrit. Toutefois, la relation intime reste intime à chacun et la communion se fait de palette de couleurs. On se découvre, on partage, mais ne sublimons pas une manière de communier car il y a tant d’instants d’apprivoisement, de libération de préjugés. Cela fait partie du chemin de la découverte de soi en compagnie de l’aimé. Le sublime nous surprend et comme la méditation on ne sait jamais quand on communie avec soi, l’un, le tout. Merci, cela m’a donné à partager une intimité en effet.

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  4. La sexualité est un des « outils » qui met en valeur notre Essence . Cette étincelle pure et trop souvent éphémère nous semble t-il.
    Ce texte est beau car partagé dans une intimité et son intime. En le lisant puis le relisant pour en goûter la profondeur, je ressens tout à coup de la confusion entre le constat que Didier fait de sa sexualité, de son observance des 2 ou 3 fois où il semble avoir atteint l’Amour et son désir de poursuivre dans cette direction , avec l’Autre. Il n’y a pas de mauvaise sexualité (physique, génitale ..) ou de bonne sexualité . Il y a simplement des moments voulus , désirés comme tels…Génitales ou charnels, ou intimes ou sacrés. Ou tous à la fois. Question de disponibilité, de joie, de rire ….de l’Intime…de connexion avec l’Autre.

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  5. Merci Didier d’être si honète je reconnais tout cela et pour moi également ce sont quelque rare moment dans ma vie, J’ai constater que en voulons attaindre cela crée trop de pression et les exigence de (qualité) de rapport, ont souvant fini par tuer la relation. Je suis triste que de laisser venir quand c’ est la, ne suffisait souvent pas pour mes partenaires, alors que je sait, et suis convaincu, que cela ne peut avoir lieu que dand des moment d’absence d’égo et volonté, et peut surgire dans des moment inattendu.
    Le slow-sex peut raprocher et créer l’éspace nécessaire mais pas que.
    Et quand c’est la cela nourrie âme corps et ésprit et s’inscrit a jamais dans mes cellules.
    Je dis merci a la vie d’avoir pu rencontrer cela et inchalla.

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